Nos travaux

Sommaire :

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Chapitre 1 : Faits nationaux qui entraînèrent la résistance et la répression

Chapitre 2 : La répression par les forces allemandes et la milice française : Chapitre 3 : La répression racontée par nos grands-parents

Chapitre 1 : Faits nationaux qui entraînèrent la résistance et la répression

Lorsque la Seconde Guerre Mondiale commence en septembre 1939, la France met en place un plan de défense : elle se réfugie derrière la ligne Maginot (ligne de défense frontalière entre la France et l’Allemagne). Mais la France subit une cuisante défaite face à la guerre éclair (Blitzkrieg) menée par Hitler. Elle tombe en quelques semaines seulement. Le 22 juin 1940, la France signe l’armistice avec l’Allemagne . La France est partagée en 2 zones : zone occupée au Nord et zone dite libre au Sud qui est régie par le nouveau régime , le régime de Vichy, dirigé par le Maréchal Pétain. Celui-ci a en effet obtenu les pleins pouvoirs le 10 juillet 1940.

Pétain et son bras droit Laval entament une politique de collaboration. Pétain rencontre Hitler à Montoire le 22 octobre 1940.

Mais tous les politiques ne souhaitent pas la collaboration avec l’Allemagne nazie. Notamment le Général De Gaule qui lança l'appel du 18 juin sur les ondes de la radio anglaise BBC. Cet appel, bien que peu entendu, marque alors le début de la résistance française. Des mouvements de résistance se forment mais en zone libre comme en zone occupée ces mouvements subissent d’une violente répression, soit par les forces allemandes mises en position en France soit par la milice française.

Dans le Cantal comme ailleurs des soulèvements apparaissent et avec eux une répression effroyable.

Chapitre 2 : La répression par les forces allemandes et la milice française

La brigade Jesser

Une des plus importantes brigades allemandes qui sévit dans le Cantal fut la brigade Jesser.

En effet, cette division des forces allemandes était, pendant l’été 1944, destinée à la répression de la résistance et à l’élimination des maquisards en Auvergne et dans le Limousin.

Elle fut instituée en 1944 par le général Fritz Brodowski, commandant du HVS 588 (état major principal de liaison de Clermont-Ferrand) qui avait jugé que les différentes garnisons de sécurité de l’Auvergne et du Limousin étaient impuissantes face aux résistants.

En effet, les victoires à Tulle les 3 et 4 Juin et la levée de 3 000 hommes par le colonel Gaspard (Émile Coulaudon) dans les monts de la Margeride dans le Cantal incitèrent Brodowski à constituer ces redoutables kampfgruppen, des troupes chargées de la recherche et de la destruction des maquis et des unités FFI. Il confia le commandement de celle-ci au général Kurt Von Jesser (qui lui donna son nom).

Elle avait pour but d’anéantir les maquis dans le Cantal et les départements limitrophes.

La brigade Jesser fut présente dans le Cantal du 1er au 15 août 1944.

La rafle de Murat

Le 12 Juin 1944 à Murat, des miliciens et un détachement d’allemands raflent 119 Muratais.

Ils fusillent 4 hommes aux alentours de Murat et encerclent la ville. Ils arrêtent 13 personnes et les amènent pour « interrogatoire » à la mairie. Ces interrogatoires sont menés entre autres par Hugo Geissler une figure de la répression auvergnate. En effet cet allemand parlant le français très couramment est à la tête, dès 1943, du « sonderkomando » (commando spécial) chargé de la lutte contre le maquis.

Des maquisards prévenus de l’arrivée des forces de répression se postent sur les hauteurs de la ville et mitraillent Geissler et ses soldats. Bilan : 6 soldats allemands tués ainsi que Geissler.

Cette action fut suivie de représailles : 25 otages emmenés à Soubizergues, près de Saint-Flour, seront fusillés au petit matin du 14 juin. Parmi eux se trouvaient trois personnes arrêtées l'avant-veille à Murat. Le 24 Juin 1944, 10 jours après, 115 Muratais sont raflés par la Wehrmacht et déportés à Neuengamme (près de Hambourg en Allemagne) où 75 d’entre eux vont mourir.

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Télegramme du 13 Juin 1944 envoyé au sous-préfet de St-Flour par l'adjoint au maire de Murat M. Duppalut


Lettre écrite le 13 Juin 1944 (au lendemain de la rafle) pour demander la grâce des prisonniers.

Source : Archives départementales du Cantal

L'attaque du Mont Mouchet

4 jours avant le débarquement allié en Normandie, le 2 juin 1944, une formation de 800 allemands attaque le Mont Mouchet où 2700 résistants les attendent. Les ennemis sont repoussés et comptent de nombreuses pertes alors que les maquisards ne déplorent que 3 blessés. Le 10 Juin 1944, les allemands renouvellent leurs attaques sur le mont Mouchet mais en vain. Malgré cette « victoire », le colonel Gaspard (Emile Coulaudon) ordonne le décrochage (repli des troupes).

Le 19 Juin 1944, les allemands reviennent à la charge. S’en suit une bataille très dure mais les résistants tiennent jusqu'à la nuit où le décrochage est de nouveau ordonné . Lorsque les troupes ennemies arrivent, tout est vide. Il ne reste qu’une dizaine de blessés graves n’ayant pas pu partir à temps. Ceux-ci seront sauvagement exterminés.

Source : www.ordredelaliberation.fr

Histoire d'une famille de résistants victime de la répression

Le docteur Mallet et toute sa famille furent pendant la seconde Guerre Mondiale des figures importantes de la résistance cantalienne. Les deux fils dirigeaient chacun une sizaine (groupes de 6 résistants) autour de St Flour, et étaient chargés, entre autres, de l'imprimerie clandestine qui s'y trouvait. La fille, elle, transportait les messages entre le maquis et les villages. Le père louis Mallet était médecin. Il soignait donc les résistants et encourageait la population dont il avait gagné le respect en protégeant les résistants et réfractaires du STO (en les logeant par exemple).

La matin du 11 Juin 1944, Pierrot Mallet, fils cadet de Louis Mallet (ou Faust son nom de couverture) est pris comme otage. Emmené à l'hôtel Terminus, il est rejoint par sa mère et sa soeur jumelle Madeleine vers 15 heures.

Miliciens, SS et agents de la Gestapo pillent le cabinet de travail et l'appartement du docteur. Ils vident les armoires et la cave et empilent dans leurs camions tout ce qui leur tombe sous la main.

À l'hôtel Terminus, avec d'autres détenus, Pierrot, sa mère et sa soeur vivent d'interminables journées et nuits d'angoisse.

Le 14 juin à 6 h du matin, Pierrot, à seulement 16 ans, est lâchement abattu à Soubizergues avec 24 de ses compagnons « fils de France » Pierrot n'avait jamais voulu dénoncer son père. Dans son livre "Soubizergues, Terre de sang", le frère Gérard Mayet, également détenu, écrit : "Les Allemands s'étaient littéralement acharnés sur ce gosse, et le gosse de 16 ans les avait vaincus. Son père, aux yeux des Allemands et non sans raison, incarnait la Résistance ".

Louis Mallet avec son fils Étienne et un autre jeune partent se réfugier en Lozère.

Le 22 juin, ils sont capturés et emmenés dans ce même département. Ils sont enfermés dans une grange, puis transférés à Chaudes-Aigues le 23 juin. Après avoir subi de nombreux interrogatoires, le docteur et son fils sont exécutés.

Marguerite, l'épouse de Louis Mallet, et sa fille Madeleine ignorent tout lorsqu'elles sont déportées en Allemagne. Elles vivront l'enfer des camps et seront libérées le 5 mai 1945. Ce n'est qu'à leur retour qu'elle apprendront la tragique fin du reste de leur famille.


Le docteur Mallet (au centre) accompagné de ses deux fils Pierrot (à gauche) et Etienne (à droite).

Source : Bibliothèque des archives départementales

          

L'Enseigne le 1er Février 1944

L'Enseigne est un croisement entre 4 routes qui se situe entre Marcolès et St Mamet. On peut y voir aujourd'hui deux plaques commémoratives en souvenir des faits tragiques qui s'y déroulèrent lors de la journée du 1er février 1944 et du 18 juillet de la même année.

18 jeunes ayant rejoint le maquis de Luzette après avoir refusé de partir travailler en Allemagne séjournaient à l'Enseigne depuis la mi-Janvier avec leur chef Léon Pautard. Ces jeunes maquisards furent repérés par des bûcherons français. Ceux-ci fréquentaient Francisca, une prostituée. C'est via cette française d'origine italienne que les bûcherons se lièrent avec des soldats allemands.

Après avoir reçu les informations, les forces d'occupation et la milice envoyèrent Francisca et Bonicel, un milicien français, sur les lieux le 27 Janvier. Ceux-ci vérifièrent la disposition des lieux et la présence des 18 maquisards. Bien que prévenus la nuit du 31 Janvier de la possible action des forces de répression, les maquisards remirent au lendemain leur fuite. Malheureusement les allemands et la milice française arrivèrent le matin du 1er Février avant le lever du soleil. Les combats s'engagèrent. Plusieurs maquisards réussirent à s'enfuir dans les bois et à atteindre Estieu. 6 jeunes moururent ce jour-là.

L'Enseigne le 18 Juillet 1944

Après les évènements douloureux du 1er Février, la vie au maquis de l' Enseigne a tout doucement repris son cours.

Le 18 Juillet, la vingtaine de maquisards de l'Enseigne dirigés par M. Cantuel devaient rejoindre le Mont Mouchet. Ils s'étaient donnés rendez-vous devant la maison des Théron où un camion devait passer les prendre. Au moment où ils montaient dans le camion, ils entendirent un coup de feu (probablement celui d'un revolver) rapidement suivi par des rafales de mitrailleuses. Madureau le muletier (celui qui était chargé de l'approvisionnement des troupes) a sauté dans le camion qui a filé sur la route de Marcolès. Les autres maquisards se sont enfuis par un chemin ombragé en face de la maison. Les allemands ne cessaient de tirer. En visant le camion ils touchèrent Madureau qui tomba ainsi que la roue de secours qui lui cassa la jambe. Les allemands l'ont achevé une fois qu'il fut dans l'incapacité de marcher. Les fuyards se sont séparés en petits groupes.

Source : Livre "l'Enseigne 1944" de Yvette Souquière

Incidents de St Flour et ses alentours

Pendant le mois de juin 1944, St Flour et ses alentours ont été victimes d'une répression intense.

Plusieurs personnes ont été fusillées dans le canton Pierrefort dont deux à Cezens.

A St Flour, de nombreuses altercations ont eu lieu entre le maquis et les troupes allemandes. On estime le bilan à plusieurs dizaines de morts.

Enfin, dans le canton de St Flour et à Vedrines-St-Loup, plusieurs incendies ont été aperçus.

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Télégramme du Sous-préfet de St-Flour pour le Préfet du Cantal en date du 12 Juillet 1944

Source : Archives départementales du Cantal

Incidents dans la région de Chaudes-Aigues pendant le mois de Juillet 1944

En Juin 1944, la région de Chaudes-Aigues était occupée par les forces allemandes. Pendant cette période «d'occupation» 2 personnes furent fusillées. Le village a été totalement évacué et de nombreux incendies ont été déclenchés en vue de réduire le maquis. Le sous-préfet met en évidence le grand nombre de blessés dus à ces actions et «par d'autres moyens».

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Lette du Sous-Préfet de St-Flour au Péfet du Cantal le 28 Juin 1944

En Juillet 1944, dans la région de Chaudes-Aigues, des combats eurent lieu entre maquisards et forces allemandes. A la suite de ces combats, le préfet de Saint-Flour et l'inspecteur départemental de la santé ont rendu visite aux sinistrés. Après avoir constaté les dégâts causés aux maisons et les pertes subies par la population, ils décidèrent d'envoyer sur place des secours de première urgence et du personnel spécialisé dans le but de les aider.

A la même époque, toujours à Chaudes-Aigues, la mort de 4 civils dont un réfugié marseillais fut attribuée aux maquisards. Cette attaque a provoqué la terreur chez la population.

Ce cas départemental est représentatif à l'échelle nationale. En effet, beaucoup de meurtres de civils furent mis « sur le dos » des maquisards alors que souvent c'étaient les forces d'occupation ou la milice qui se trouvaient à l'origine de ces assassinats. Cette désinformation volontaire avait pour but de retourner la population contre le maquis et de justifier les exterminations de ceux-ci.

A Chaudes-Aigues, toujours en Juillet, les corps de 59 Maquisards et de nombreuses munitions furent retrouvés par la Croix Rouge qui en informa le sous-préfet. Celui-ci en informa à son tour les allemands présents dans la région qui détruisirent immédiatement tous les stocks. Les causes de la mort des maquisards restent indéterminées à ce jour.

Source : Archives départementales du Cantal

Chapitre 3 : La répression racontée par nos grands-parents

En juillet 1944, des troupes allemandes vinrent à Narnhac (près de Pierrefort dans le Cantal) pour rechercher des maquisards. Mais M. Aldebert, le maire de cette commune, voulut les protéger. Cinq maquisards ainsi que le maire et une autre personnalité de la commune, M. Vidalenc, furent fusillés.


Monument en hommage aux fusillés de Narnhac

A la même époque à Pailherols, des maquisards venus se réapprovisionner dans une auberge laissèrent leurs fusils à l'extérieur. Des troupes allemandes dans la région avec pour but de réprimer les résistants virent les fusils et se mirent à tirer au hasard dans l'auberge. Pendant ce temps les maquisards s'enfuirent par une porte à l'arrière. Le maire demanda le cessez-le-feu afin que les forces d'occupation constatent qu'il n'y avait personne.

Témoignage vidéo de Mme Troupel

Voici le témoignage vidéo de Mme Troupel, qui, âgée de 10 ans au moment des faits, a dû s'enfuir, obligée par son père qui, lui, resta pour protéger sa maison. Il lui raconta donc cette histoire.


"Voilà quelques faits de répression de la Résistance dans le Cantal. Nous n'avons bien évidemment pas pu traiter le sujet dans sa globalité mais nous espérons vous avoir permis de mieux cerner les faits qui se déroulèrent dans notre département pendant la Seconde Guerre Mondiale."